samedi 7 novembre 2009

La psychologie des pokemons

Sacha a pour désir de devenir le meilleur dresseur de pokemons. Il parcours le monde afin d’améliorer sa technique, mais également pour parfaire sa connaissance des pokemons. Il est mandaté par le Professeur Chen qui lui a demandé de compléter le pokedex

Sacha est en rivalité avec Régis, petit fils du professeur Chen, et avec la Team Rocket. Sacha et Régis ont les même objectifs : compléter le pokedex, tandis que les objectifs de la Team Rocket sont criminels. Tout a long de l’hiso

L’anime a assez lissé les aspérités du manga. Dans la version papier, Sacha est un enfant tête brûlée et vaniteux, les combats peuvent conduire à la mort des pokemons qui évolue peu à peu après une cuisante défaite contre le pokemon Mew. C’est cette défaite qui le conduit à rencontrer le professeur Chen et qui dont le conduit à ce voyage initiatique. La symbolique des couleurs des différents cycles souligne le coté initiatique des aventures de Sacha puisque l’on passe du rouge au bleu en passant par le vert.

 

Traumatisme et épreuve

La défaite contre Mew a donc eu des effets favorables sur le développement du jeune homme. La vanité cède peu à peu à une meilleure perception du monde. Sacha reconnait au professeur Chen une supériorité et surtout il montre un intérêt pour le savoir. C’est cela qui permet de faire la différence entre un traumatisme et une épreuve. Un traumatisme brise durablement ou définitivement des capacités psychiques. Cela peut être une capacité à éprouver une ou plusieurs émotions, à se sentier vivant et en cohésion, à pouvoir être en lien avec les autres ou au contraire à vivre dans la solitude. Une épreuve est une situation difficile dont on sort victorieux ou grandi. En aucun cas elle ne diminue l’individu qui la traverse.

 

Sacha vs Régis

Sacha est un être instinctuel. Il a une connaissance intuitive de ses pokemons et il s’appuie sur les liens indéfectibles qu’il sait construire avec eux pour les pousser au-delà de leurs limites. Ce lien affectif lui permet également de comprendre quand un pokemon est trop épuisé pour poursuivre le combat. C’est donc l’identification de Sacha à ses pokemons qui est la clé de leur relation.

Régis est plus âgé que Sacha. Il se base plus sur la connaissance qu’il a des pokemon pour diriger les combats. Cette prévalence donnée aus avoir est  peut-être un trait qu’il a hérité de son grand-père. Sacha est un stratège, il voit sur le long terme, tandis que Sacha est un tacticien, il fait avec ce qu’il a, et utilise immédiatement les relations dont il dispose

 

La relation au pokemon

La relation du dresseur à ses pokemons ne peut qu’être intéressante pour un enfant qui est encore dans un lien de dépendance à des créatures aussi puissantes que des parents. Quel que soit le tact de ces derniers, l’éducattion est toujours une épreuve, et parfois, hélas, il y a des moments qui peuvent être traumatiques.

L’enfant doit peu à peu mettre en arrière de son fonctionnement psychique les fantasmes par lesquels il se rendait maitre de toutes les situations et investir son environnement afin de pouvoir l’utiliser du mieux possible. De nouveaux pouvoirs lui apportent de nouvelles responsabilités, et donc de nouvelles exigences de travail psychique. Ilpeut se déplacer par ses propres moyens mais doit assurer sa propre orientation dans le monde; sa force musculaire doit être contrôlée afin de ne pas casser les objets qu’il manipule; il ne peut posséder ni se rendre maitre de tout.

Les pokemons donnent à voir une solution aux problèmes que rencontrent les enfants au cours de leur éducation en séparant d’un coté les monde des pulsions et de l’autre celui de la rationalité. On aura deviné que le pulsions sont représentées par les pokemon et que la raison est représentée par le dresseur. Cela pourrait être qu’une vision manichéenne du monde, soutenue par un mécanisme psychologique que l’on appelle le clivage : d’un coté le “bon” et de l’autre le “mauvais” mais on a vu que le monde de la raison est lui même soumis aux épreuves et aux traumatimes.

Avec les pokemons, l’enfant s’identifie tour à tour aux deux pôles de la relation. Il est tantôt le pokemon obéissant aux ordres de son dresseur, tantôt le dresseur dirigeant le pokemon. Autrement dit, il est tantôt l’enfant obéissant aux exigences parentales et les satisfaisant; et tantôt le parent soumettant l’enfant a des exigences éducatives. Ce va et vient dans les identifications lui permet d’explorer les deux versants de la relation

 

Pokemon et image du corps

La relation au pokemon recouvre également d’autres niveaux de fonctionnement psychique. Le pokemon, avec ses formes étranges, et son langage archaïque est une image régressée de l’enfant. L’infans comme le pokemon ne disposent comme moyen de communication avec leur environnement que le langage corporel et les mimiques. Le pokemon est même un peu en avance par rapport a un enfant sans langage parce ce qu’il sait dire son nom et comprend parfaitement les paroles qui lui est adressé !

Chaque pokemon, par sa forme et par ses pouvoirs représente une image du corps. Par sa forme et par ses pouvoirs, il correspond aux deux fonctions de l’image du corps telles que la définit Gisela Pankow. Un pokemon est une forme  animale, végétale, minérale ou liquide et il est un pouvoir. Dans le premier cas, il est une structure spatiale, une gestalt; dans le second il fonctionne comme “contenu et sens”. Comme gestalt, le pokemon donne un cadre ou contenir des pensées et des affects. Dans le meilleur des cas, ce cadre fonctionne de façon transformationnelle. Il permet à l’enfant d’intégrer peu à peu ce qu’il y a déposé et finalement à penser ses pensées. L’enfant pourra alors s’imaginer comme tel pokemon, parce que la forme du pokemon donne une image a une difficulté qu’il rencontre : il sera dur comme Racaillou, ou vif comme Pikachu Lorsque c’est le contenu qui est préférentiellement investi, le pouvoir souligne quelque chose qui est important pour l’enfant. Pouvoir enserrer de lianes qui sont comme autant de bras dira le désir d’être porté, ou l’angoisse que suscite le fait d’être trop près de l’autre. La symbolique des éléments joue a plein : le feu, la glace, l’eau sont utilisés pour dire la qualité des relations, leurs transformations possibles ou encore des éprouvés corporels.

Enfin, le pokemon, par ses évolutions, est un bon représentant de la situation de l’enfance. Il annonce que les changements que l’enfant vit continuellement de par sa croissance physique et psychique ne sont pas catastrophiques : on peut changer de forme et rester soi.

La multitude des pokemon fait que chaque enfant trouve toujours un pokemon qui corresponde a sa fantaisie ou à sa problématique personnelle ; leur ordonnancement en différentes catégories (pokemon feu, air, terre etc.) l’initie à des mode de pensée plus organisée. Ainsi, un Bulbizarre avec sa graine sur le dos peut servir de point d’appuis a des fantasmes d’auto-suffisance (il a tout ce dont il a besoin sur le dos)  d’auto-engendrement (il est issu de la graine qu’il porte) ou encore à des questions sur ce dont on hérite des parents. Ses tentacules pourront être comme des bras qui se distendent pour rester en lien avec une personne aimée. La flamme d’un Salameche portera des questionnements liés à la sexualité ou à l’élan vital que chacun porte en soi.

 

Pokéball

La pokeball, qui permet de capturer les pokemons sauvages et qui donne aux pokemons apprivoisés un refuge ou se restaure, est d’évidence une image du bonheur utérin. Mais elle peut aussi se révéler le lieu d’angoisses claustrophobiques : Pikachu refuse une fois de rentrer dans la pokéball ce qui permet à Sacha de découvrir que tous les pokemon n’aiment pas leur pokeball

La pokeball est aussi l’image d’un contenant ou les pulsions les plus sauvages, représentées par le pokemon, sont contenues. Elles peuvent être mises en jeu à la demande, et sont donc pour l’enfant la promesse d’une plus grande maitrise de ses propres pulsions.

 

Le pokémon double de l’enfant

La plus grande peur d’un pokemon est d’être abandonné par son dresseur. Cela en fait un bon double de l’enfant qui craint toujours que le lien avec ses parent ne soit rompu comme en témoigne de nombreux contes populaires. D’une certaine manière, l’histoire des pokemon joue le même rôle que Le petit poucet des enfants d’antan : elle donne des images pour penser son immaturité et la relation, toujours conflictuelle et source de souffrance, monde des adultes. Plus récemment, la relation de Tintin à Milou a pu jouer le même rôle

 

 

Les pokemon aident l’enfant à penser ses propres pensées mais…

Il faut garder présent à l’esprit que si les pokemons, dans la version papier ou dessin animé, peuvent être support de pensée pour l’enfant, c’est toujours à la condition qu’il puisse partager avec un autre, qui joue pour lui le rôle d’idéal, ce qu’il a vu et éprouvé en le regardant.

 

Lire ailleurs

Sur le sujet, on pourra lire le point de vue de Serge Tisseron (Nov. 2000) ou le Psychanalyse des dessins animés de G. Djenati qui a malheurement quelque réticences vis a vis de Pokemon pour de Dragon Ball Z.