jeudi 26 janvier 2012

5 violences faites aux enfants sur Internet

L’internet est un espace de relations dans lequel les dynamiques familiales se jouent et rejouent. Si dans la grande majorité des cas, ce qui se passe en ligne ne pose pas de difficultés particulières,il peut arriver que l’Internet révèle des situations de maltraitance.

Sur le réseau, les enfants peuvent être violentés d’au moins cinq façons différentes. Ces violences ne sont pas nouvelles (Tisseron, 1992)  mais le monde numérique leur offre de nouvelles possibilités d’expression

La première violence faite aux enfants en ligne est la confrontation aux affrontements des parents entre eux. La situation peut être encore se compliquer lorsque cette confrontation se passe dans un espace public comme Facebook, et que l’enfant est convoqué à être présent aux disputes par le système de notification. Si la perception de désaccords entre ses parents peut être structurant pour l’enfant qui a ainsi la preuve que la conflictualité peut constructive, il n’en est pas de même des scènes de ménage. L’enfant est alors au contact avec la violence des adultes. Il ne la fantasme plus. Il la vit.

La seconde violence faite aux enfants en ligne est le dénigrement. Faire un commentaire acerbe sur l’orthographe d’un adolescent ou sur une de ses photographie a des effets immédiats et déplorables en termes d’estime de soi. Chaque adolescent est identifié à son écriture et à ses images. S’en moquer, et s’en moquer en public, a pour seul effet de faire honte. L’enfant est alors déchiré dans ses choix : garder l’investissement de son parent honnisseur, et avoir honte de ce qu’il est. Garder l’investissement de l’image de soi, et perdre l’amour de son parent intériorisé. Dans tous les cas, c’est perdant-perdant.

L’indifférence vis à vis des intérêts que les enfants peuvent avoir sur le réseau Internet est une autre violence. Alors que qu’ils passent une part de plus en plus grande de leur temps libre sur l’Internet, ne pas s’intéresser à ce qu’ils vivent en ligne revient a frapper de nullité leurs intérêts pour les matières numériques.  Cette indifférence peut se traduire par l’idée selon laquelle l’enfant est « naturellement doué » avec les objets numériques. Il n’y a donc pas à faire avec lui le travail de transmission  qui est fait avec les autres objets de culture. Ce défaut d’attention laisse l’enfant avec l’illusion qu’il maitrise maitrisent l’environnement numérique et ce que celui-ci échappe au processus de transmission qui est au cœur de toute culture. En d’autre termes, l’idée de « digital natives » ensauvageone les enfants alors qu’il faudrait apprivoiser le numérique pour eux. Que l’on considère que ce qui se passe en ligne est uniquement l’affaire de l’enfant ou qu’il est naturellement compétent avec les objets numériques est une violence à l’enfant car elle l’enferme en dehors des processus de transmission qui sont nécessaires à son bon développement.

L’internet et les mondes numériques peuvent facilement être utilisés comme des dispositifs de surveillance. Cette facilité fait de l’internet un nouvel espace où les parents peuvent empiéter sur l’espace privé de leur enfant. Lire le mur Facebook de son enfant, c’est pénétrer dans son espace privé et dans celui de ses amis. En effet, les contenus partagés par ces derniers n’ont pas pour destinataires les parents. Ce n’est pas parce que Facebook est un espace public que les conversations qui s’y déroulent sont publiques. Les mécanismes d’emprise peuvent prendre la forme d’une validation systématique par le parent de ce qui est publié, du partage des identités en ligne de l’enfant et du parent, de la lecture de tous les contenus publiés en ligne par l’enfant par le parent. Dans tous les cas, c’est la capacité à être et à penser seul qui sont remis en cause

Enfin, l’exposition de la vie intime des parents, en paroles ou en images, est une violence faite aux enfants. Cette exposition peut être directe, comme lorsque le parent   expose sur un réseau social sa vie sexuelle et amoureuse . Elle peut aussi être indirecte comme l’enfant retrouve alors les traces de l’activité sexuelle du parent dans l’historique du navigateur Internet ou des images de ses activités sexuelles sur le disque dur de l’ordinateur familial. Elle peut aussi concerner des faits de la vie familiale qui concernent l’enfant et qui sont mis en public sans son accord. Enfin, demander à un enfant de télécharger illégalement un contenu, c’est le mettre dans une situation difficile. En effet, l’enfant endosse les positions envieuses et antisociales de ses parents alors que le rôle du parent est normalement de contenir et de traiter l’envie et les conduites antisociales de son enfant.

Les mondes numériques donnent de nouvelles occasions aux parents d’être violents et de compromettre le développement de leur enfant. Cette violence n’est pas nouvelle. Elle est attestée par des mythes dans lesquels un enfant est exposé aux bêtes sauvages ou à la rigueur de la nature. Elle s’explique par le fait que les parents ont toujours de bonnes raisons inconsciences de haïr leur enfant. Ce qui est nouveau, c’est d’une part le contexte social et d’autre part la sophistication des dispositifs numériques. La société actuelle a mis la jeunesse en idéal, et les parents sont privés des bénéfices du vieillissement puisque celui-ci est vécu comme appauvrissement et non plus comme accumulations d’expériences. Ensuite, les mondes numériques permettent aux parents et aux enfants de baigner dans la même intimité et de contrôler plus finement les faits et gestes de leur enfant..La bonne nouvelle est que le travail de parent passe par les même nécessités qu’hier. Il s’agit d’accepter sa condition de parent : gouter aux joies d’être parent, c’est renoncer aux plaisir de l’adolescence. il s’agit également d’accepter la liberté et l’autonomie de l’enfant.

Finalement, sur Internet aussi, les parents doivent veiller à ne pas devenir le principal problème de leur enfant.